L’inauguration de l’Allée Slimane Azem à Longwy

Le 19 septembre 2008, Slimane Azem aurait eu 90 ans, mais hélas la maladie n’a pas attendu qu’il les ait. Il nous a quitté le 28 janvier 1983. Le lendemain du 19 septembre 2008 étant un samedi, un jour des Journées du Patrimoine, le choix a été porté sur la date du 20 septembre 2008, par la CFBBL, avec l’accord de la municipalité de Longwy, pour l’inauguration de l’esplanade Slimane Azem.
L’ambiance est festive, l’émotion se lit sur beaucoup de visages. Les organisateurs affichent leur satisfaction d’avoir réussi à convaincre les autorités concernées et à concrétiser ce projet qui leur tenaient tellement à cœur. La présidente de l’association CFBBL, Dinar Harik, dans son allocution a déclaré : « Cela fait trois ans qu’on travaille à ça. Et je suis heureuse que ça aboutisse. »
Pour le président la CBF, Yazid Ikdoumi, Slimane Azem était le porte-parole de sa génération, mais il était aussi un poète d'une dimension universelle.
A la tribune, Kamal Hemmadi a rendu hommage à Slimane Azem dans un kabyle élégant et impeccable. « Slimane Azem a valorisé la kabylité. Grâce à lui, c’était devenu un honneur que de chanter en kabyle. » Le grand Kamal Hemmadi a conclu son intervention par un poème en hommage à Dda Slimane qu’il avait composé de son vivant et en sa présence :
Seg wasmi i s-nesla yecna
I γ-yaağeb ccna nḥemml-it
Awal-is yakk d lmaana
Ineğr-d abrid nḍefr-it
Necfa yakk γef ayen i d-yenna
Yerna ccbaḥa i teqbaylit
Un autre Kamal, devenu célèbre au sein de la communauté kabyle, grâce à son travail sur la chaîne Berbère TV, en l’occurrence Kamal Tarwiht, a laissé son cœur s’exprimer dans une spontanéité qui le caractérise pour rappeler que Slimane Azem était une école, un père, une culture…Il a également rappelé que les générations qui ont suivi Slimane Azem ont appris de lui le sens de la Kabylité dans toute son acception.
La présence de la vedette de la chanson kabyle Idir n'a pas laissé la foule indifférente. A la tribune il rappelle sa première rencontre avec le poète. Il était un enfant, 6 à 7 ans, lorsque Slimane Azem avait chanté à At Yenni. Idir a gardé au fond de sa mémoire, comme un talisman, un "au revoir bonhomme" que lui adressa le père de la chanson kabyle.
La présence du chanteur engagé Ferhat Mehenni, par ailleurs président du Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie, a donné à cet événement une dimension également politique. Ferhat Mehenni a rappelé à juste titre que Slimane Azem est le père de la chanson politique kabyle. Un père qui a donné naissance aux Ferhat, Matoub, Ait Menguelet et autres. « Ffeγ ay ajrad tamurt-iw, 19 di Maγres, Zzin-iyi 3 yeqjan…etc » seront toujours là pour nous rappeler que Slimane Azem n’était pas seulement un chanteur de l’exil mais aussi un chanteur qui avait utilisé son art pour réveiller les consciences kabyles, leur ouvrir les yeux sur les exactions de toutes sortes, qu'elles fussent celles commises pendant la guerre d’Algérie par les deux belligérants ou celles commises après l’indépendance par le clan qui s’est accaparé le pouvoir en Algérie.
Ferhat Mehenni, fils de martyr, a souligné un fait historique de taille : Slimane Azem dans ses chansons, comme Mouloud Feraoun dans son journal, avait le courage de dénoncer les exactions commises par ceux qui défendaient pourtant un idéal auquel ils aspiraient tous, et qui est celui de la liberté et de la justice. Idehr-d waggur, ffeγ ay ajrad tamurt-iw sont des titres de chansons qui rappelleront toujours que Slimane Azem n’a pas tourné pour autant le dos à son peuple. Bien au contraire, sans calcul, il portait en lui, dans son verbe, ses peurs, ses contradictions, sa révolte, ses espoirs et ses doutes. Matoub avait probablement hérité de lui cette sincérité dans son combat.
Auparavant Edouard Jacques, le Maire de la ville de Longwy, dans un discours où il dit avoir laissé parler son cœur, a expliqué que le conseil municipal et lui-même sont fiers de cette reconnaissance de Slimane Azem comme un poète de la ville de Longwy, « Le poète de Longwy ». « …parce que tout cela participe à l’élévation d’esprit et au partage… ». Christian Ariès, conseiller général, parle de l’importance de rendre hommage à un poète dans cette société de l’argent.
Après l’inauguration proprement dite, un visage souriant et fier vient rappeler à tout le monde les traits de celui que Longwy considère aujourd’hui comme son poète et que la Kabylie a toujours considéré comme le père de la chanson kabyle ; ce sont les traits de son frère, heureux parmi les siens, qui se laisse prendre en photo, à côté de sa nièce, devant la plaque, portant l’inscription : «ALLEE SLIMANE AZEM », qui vient d’être inaugurée par le Maire de Longwy, sous les youyous et les applaudissements.
Bravo la CFBBL. Bravo Dinar ! Bravo Rachid ! Bravo Stéphanie ! Bravo Ahmed !
H. Sebaa