Dans le bassin, on a bien connu Rachid Bouamara pour sa passion dévorante pour le football. Mais une vilaine blessure au genou l’obligera à mettre un terme à sa brillante carrière d’amateur. Au cours de sa convalescence, en juillet 1999, il écoute son idole Slimane Azem, du nom de ce grand poète lyrique amazigh. Une œuvre de ce chantre kabyle va vite interpeller Rachid « Carte de résidence » complainte qui traite de la condition des immigrés et où l’artiste conclut en ces terme : « Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, si je dois vous dire adieu, sachez bien que mes aïeux ont combattu pour la France… » Ignorant le sens de cette phrase, Rachid interroge son père qui lui apprend qu’il s’agit des soldats africains qui ont épaulé la France durant les grandes guerres. A cet effet, il apprend que sa famille faisait partie de ces héros qui ont libéré la France et le monde de la barbarie nazie. Un de ses oncles, en l’occurrence Mouloud Bouamara, est tombé au champ d’honneur en Belgique, le 14 mai 1940, à l’âge de 26 ans. Il appartenait au 13ème Régiment de tirailleurs algériens. Il repose à la nécropole militaire de Chastre, dans le Brabant-wallon, aux côtés de ses frères d’armes algériens, marocains, tunisiens et français. Depuis cette découverte fortuite, il participe aux cérémonies données à cette bataille dite de « Gembloux ». En 2003, il fait la connaissance de Mourad Boucif, réalisateur et producteur belge d’origine marocaine. Ce dernier le sollicite quelques années plus tard pour participer à son long-métrage « Les larmes d’argent » qui se déroule en ce moment en Belgique, dans la province de Luxembourg. Rachid incarne un soldat marocain du 7ème RTM, une unité qui réussit à faire reculer l’ennemi malgré de lourdes pertes. A peine arrivé après une marche harassante d’une centaine de kilomètre, ce régiment allait combattre, avec un courage inébranlable, les blindés du 16ème corps de panzers du général Hoepner, dans le secteur de Gembloux. Depuis le début du tournage, Rachid se glisse dans la peau de son oncle et la première fois qu’il enfile son costume de tirailleur, c’est une grande émotion qui l’envahit : « A la première seconde où j’ai endossé l’uniforme du tirailleur, j’ai de suite pensé à mon oncle Mouloud. Même si je ne l’ai pas connu, il existe en photo et son visage me poursuit continuellement. Ces vêtements piquants, serrés, le paquetage très lourd, ces marches exténuantes, ces travaux astreignants et ces combats meurtriers sont autant de souffrances sur lesquelles je médite au quotidien. Il est grand temps d’ériger ces hommes en juste héroïsme. Ils ont libéré la France du joug nazi mais aujourd’hui leurs enfants sont considérés comme des citoyens de seconde zone. C’est pour ces raisons que je me bats pour la mémoire de ces soldats bannis de l’histoire. C'est une oeuvre juste de mettre en lumière leur dignité et leur sacrifice, eux qui ont mérité en ayant servi et tombés au Champ d'Honneur.
Enfin, il me tenait à cœur de rappeler tous mes aïeux berbères qui étaient les plus nombreux sur le front. On oublie trop souvent de citer ces Touaregs, ces Rifains, ces Kabyles et autres Chaouis, tous éminents descendants des guerriers numides berbères. »
Naturellement, l’occasion lui est offerte pour nouer des relations avec des célébrités comme Rafik Boubker, très réputé au Maroc ou encore Abelkrim Qissy, très connu pour avoir joué aux côtés de Jean-Claude Van Damme, et enfin, Mourad Zaoui star montante du cinéma marocain dont le défunt père était kabyle algérien. Après « Indigènes », ce nouveau long-métrage va, sans doute, contribuer à faire ressurgir une histoire enfouie dans le trou béant de l’oubli.
Sa sortie est prévue à l’automne 2009.
